La régularité instille dans le corps quelque chose de durable

Ce fut la plus belle expérience du confinement : continuer et intensifier la pratique d’Aïkido, pratiquer à nouveau le sabre de Musashi et qui plus est dans un contexte international.

La fréquence des Keiko, certaines semaines, 5 jours sur 7, m’a permis ou aidé à ne pas perdre ce qui avait été entrevu, perçu à la leçon précédente.

Différemment des périodes de stage, où la pratique est intense, cette régularité, il me semble, instille dans le corps quelque chose de durable.

Le travail du souffle, le travail du Koshi, la poussée dans la Terre et dans le Ciel, l’ouverture des côtés, le maintien droit grâce aux épaules basses.

Je sais que pratiquer seul n’est pas dans l’ordre des choses mais, après plusieurs années de pratique, ce fut un temps pour moi de compréhension, de meilleure intégration du contenu des leçons.

Peut-être le format d’une heure me permettait-il une meilleure concentration.

Je faisais, je faisais de mon mieux et, à certaines moments, j’ai ressenti une fluidité nouvelle.

Et puis des questions ont surgi, comment placer le souffle sur les Koshi, comment toujours avancer surtout cette deuxième jambe dans le sabre de Musashi, comment faire le mouvement à partir du Hara… et l’envie d’y apporter un début de réponse en pratiquant est venue.

J’ai aimé découvrir et commencer à percevoir les liens que je ne soupçonnais pas aussi nombreux entre l’Aïkido et le sabre de Musashi. Des principes qui se déclinent.

J’ai aimé apprendre les mouvements de sabre en Aikido.

Chaque leçon a été un moment de joie et d’énergie. A maintes reprises par le travail du souffle, j’ai quitté la leçon comme « ventilée ».

Chaque leçon a été différente avec une constance dans le Taïso pour assouplir et préparer notre corps à en percevoir le contenu.

Chaque leçon a été l’occasion de vous voir, de vous entendre, différemment soit, mais intensément.

Chaque leçon a été l’occasion d’un moment de partage avec les pratiquants de notre Dojo et, maintenant, il est temps de nous retrouver sur le tatami.

Je vous remercie tous deux pour la richesse de l’enseignement transmis, je remercie sincèrement les anciens qui ont pris le relais.

Les web keiko sont pour moi une voie à continuer pour favoriser la régularité et ouvrir notre dojo à certains qui sont physiquement loin.

A très vite,

Florence Laterrade

Ensemble, un Dojo à la maison

L’expérience des cours en ligne a été l’occasion de pratiquer différemment. J’ai particulièrement apprécié l’enseignement du Iaï, l’art de dégainer, que j’avais assez peu pratiqué auparavant. Les Taïso et la pratique des 1ères Manières ont préservé nos repères de pratiquants, l’enseignement a pris une forme nouvelle et inconnue, occasion de se remettre en question, d’apprendre autrement et d’explorer.

J’ai en particulier essayé d’apprendre le plus possible du « changement des habitudes » , une thématique récurrente de votre enseignement, mais qui a été forcée dans ces conditions de pratique.

Mon premier et permanent défi dans ces conditions a été de trouver la concentration nécessaire, pourtant si naturelle et facile dans le Dojo. J’ai constaté que chaque obstacle rencontré a été une occasion de perte de concentration, et il y en a eu beaucoup. Seule face à l’écran, à l’image et au son pas toujours nets, dans une pièce trop basse de plafond où un lit ou un meuble bloquait systématiquement l’une des 4 directions, il n’est pas si facile de trouver les bonnes postures tout en modifiant la distance de ses pas ou sa direction…

Mon second défi est venu du fait d’enchainer directement la pratique après le travail, sans sas de décompression :  un gain de temps formidable et une difficulté réelle pour ma pratique. J’emmenais du coup mes préoccupations professionnelles dans les cours en ligne, ce qui ne m’arrive jamais dans le Dojo.

Mais le plus grand des défis aura été l’absence physique, le manque de cette présence collective ancrée dans l’instant qui porte notre pratique dans le Dojo.

Vous nous transmettez un art « vivant ». Après cette période de cours en ligne, l’une des définitions que je veux donner à ce « vivant » est la présence physique des Maîtres et des autres pratiquants, ingrédients essentiels à cet art martial. Dans la pratique de l’Aïkido, la présence « avec contact », le rythme, la volonté et la poussée de l’autre surprennent et questionnent sans cesse. Personnellement, je n’ai pas su retrouver ce questionnement « vivant » face à l’écran et face à moi-même, bien que j’ai écouté toutes vos questions, toutes les questions des élèves, et que je me suis questionnée toute seule !

L’absence de pratique dans le Dojo laisse un vide, que nous comblerons j’espère très rapidement. 

En attendant, je veux vous féliciter et vous remercier d’avoir aussi bien su adapter votre enseignement au travers de ces cours en ligne, quelle générosité et quelle richesse pour nous tous ! Je veux également remercier les autres élèves pour leurs participations assidues, c’est aussi grâce à eux que j’ai eu l’énergie et la volonté de progresser. Ensemble que nous sommes restés un Dojo à la maison. Je ne doute pas une seconde que cet enseignement en ligne sera un accélérateur de progrès lors de nos retrouvailles.

Adeline L.

Être à l’écoute et connecté…

Difficile d’imaginer avant cette période de confinement ce que nous avons éprouvé pendant ces quelques mois. Difficile d’imaginer auparavant que nous aurions pu continuer la pratique de l’Aïkido, à distance et recevoir notre enseignement (presque) comme d’habitude. J’ai vécu cette période en famille, avec ma femme et mes enfants qui eux aussi pratiquent l’Aïkido.

Modestement, avec mes quelques années d’expérience, il me semble que cette période nous a permis de revenir aux bases, de redécouvrir les mouvements en nous concentrant sur le rythme, le souffle, la continuité du geste et les postures.

Certes, nous n’avons pas senti le tatami, nous n’avons pas pu pratiquer « avec » l’autre soit en tant que Tori soit en tant que Uke. Pratiquer chez soi, dans un lieu parfois exigu nécessite de s’adapter. Cela n’exclut pas de travailler en grand, avec la place qui nous est offerte, d’explorer d’autres voies que nous n’avons pas l’habitude de prendre dans le « confort » d’un dojo plus grand.

Pendant le confinement, nous n’avions pas nos armes. Faute de mieux, nous avons utilisé un manche à balai coupé à la bonne longueur. De retour chez nous, pratiquer avec le bokken a été une redécouverte en sentant son poids, son équilibre particulier, la présence du tranchant… Je ne suis pas sur d’y avoir prêté autant attention la première fois où j’en ai eu un entre les mains. Plus généralement, c’est ce que j’ai ressenti avec la pratique de l’Aïkido.

Peut-être plus de d’habitude, nous avons travaillé avec les armes et notamment le Jo et le bokken. Au-delà des techniques associées, j’y ai vu l’opportunité de mobiliser l’ensemble du corps, de travailler les poussées jusqu’au bout des doigts. Je me rappelle certaines des remarques du Sensei ou des élèves les plus anciens qui me disent parfois de ne pas oublier la seconde main, qu’elle ne doit pas être passive.

Cette période particulière a été riche d’enseignements. Pour autant, ce sera évidemment avec grand plaisir que je retrouverai notre sensei et les autres élèves dès que les circonstances le permettront. Je vous remercie d’avoir continué avec Christine l’enseignement pendant cette période. Je remercie également les élèves les plus anciens d’avoir pris le relais lorsque nécessaire et de nous avoir fait part de leur expérience.

Sylvain P.

Poursuivre la pratique

Concernant les cours par internet, ce maintien des cours hebdomadaires a été vraiment le bienvenu pour poursuivre la pratique. Malgré l’interface de l’écran, on se sent tout de même un peu seul, surtout quand les autres élèves ont éteint leur caméra ; je pense qu’il faudrait demander à ce qu’ils la laissent allumée (sauf problème technique de qualité de connexion comme cela m’est arrivé…) afin de garder le contact et « l’ambiance groupe » plutôt que de passer en ambiance « cours particulier ». Ton choix de pratiquer le sabre, la canne et les manières est en effet très adapté à ce type de cours en explorant des aspects à chaque fois originaux des différentes techniques. Le fait de ne pas être corrigé nécessite de porter une attention plus soutenue à ce que tu montres  afin d’en profiter au mieux et stimule « l’auto-correction », mais l’inconvénient est que j’ai eu tendance à fixer trop l’écran, ce qui découple le regard et l’exécution de la technique (suivre le rythme nécessite de le regarder très régulièrement alors que ce n’est pas un problème au dojo). Merci pour cette initiative qui a permis d’éviter une coupure trop prolongée de notre pratique, car même si la motivation est là il est difficile de s’astreindre à pratiquer seul régulièrement ; ces rendez-vous hebdomadaires et votre enseignement à tout les deux sont bien sûr indispensables pour poursuivre notre progression.

Félicitations à Christine et à toi pour cela.

Philippe S. 

PS : si je peux me permettre , voici un proverbe chinois que j’ai lu très récemment dans un livre écrit par un dentiste qui pratique dans son exercice professionnel la « dentosophie » :  

« J’écoute et j’oublie. Je vois et je me rappelle. Je fais l’expérience et je comprends. » 

L’opportunité… de ce temps

Nous pouvons vivre et mesurer à quel point l’autre nous manque. Nous vivons désormais isolés, retirés, à distance les uns des autres. Nous souffrons de ce qui fait le sel de la rencontre, le présentiel. Toutefois, si nous reprenons les fondamentaux des arts martiaux d’Orient, nous comprenons que la première leçon, la première question des Maîtres, est celle de la présence. Au moment d’opter pour la vie, quand s’abat le sabre, nous devons être présent, corps et esprit, à la possibilité de vivre et de survivre.

L’élève en cours est souvent présent à la leçon, à l’intitulé du cours, à la technique démontrée, au geste requis. S’il est appliqué et s’il est observateur, il reproduit le mouvement. Pourtant, je demande et j’attends plus. Je regarde si l’élève est présent à lui-même, s’il est conscient de sa position d’élève, s’il est prêt à grimper la montagne de la maîtrise, s’il se connaît élève, du fond de la vallée scrutant le sommet, s’il se conçoit maître un jour.

Ce présent si singulier qui nous fait craindre l’invisible d’un corpuscule microscopique, cette actualité qui nous soumet à la loi d’un être minuscule, nous oblige à supporter la présence à laquelle nous aimons tant échapper. Nous nous retrouvons seul, face à qui et quoi nous sommes. À cet instant, l’art martial d’Orient nous situe dans le zanshin, 残心 littéralement « l’esprit qui demeure ».

Acceptons la leçon.

Des choses qu’on n’apprend qu’au contact

Lors de votre annonce d’ouverture de web cours, j’étais à la fois enthousiaste et curieuse. Je me demandais comment nous allions continuer à pratiquer depuis notre écran, dans un espace réduit et privés de proximité et de contact.

Pourtant, j’ai rapidement retrouvé le climat du dojo. J’étais à la maison, mais j’étais en cours. J’étais seule physiquement, mais soutenue par l’image et la voix de mon maître, de mes sempaïs et kohaïs.

Durant cette période incertaine, stressante pour beaucoup, c’était un réconfort et une joie que de pouvoir garder le lien et d’avoir des rendez-vous fixes, durant lesquels l’étude a avancé. Nous aurions certes pu pratiquer chacun de notre côté, mais alors l’unité du groupe aurait été perdue.

Cette période m’a fait repenser à celle des attentats de 2015. Nous sommes plusieurs élèves de l’école à avoir eu connaissance d’un de ces attentats ensemble, après l’un de vos cours. C’était aussi une période incertaine, où les gens avaient parfois peur de sortir. Là encore, planait l’incertitude d’un prochain cours, et nous avions redécouvert la chance de pouvoir pratiquer ensemble chaque semaine.

Cela a été l’occasion, pour moi, d’un travail plus axé sur le ressenti des mouvements dans mon corps, et de plus de recherche puisque je ne voyais pas systématiquement clairement les mouvements qui étaient montrés. Cependant, il y a des choses qu’on n’apprend qu’au contact, physique, de son maître ou des autres élèves. Je ne citerai qu’un exemple, celui du mouvement d’Irimi Nage en Aïkido. S’il peut être « compris », il ne peut l’être qu’après avoir été vécu par le corps en tant qu’Uke des centaines et des centaines de fois, au contact physique d’un partenaire plus avancé.

Ce qui est le plus important selon moi, c’est que ces web cours nous ont permis de garder le lien, de nous retrouver et de continuer l’étude. Vous avez adapté vos cours à la situation actuelle, et je vous en remercie, ainsi que Christine.

Même si ces retrouvailles sont virtuelles, que nous ne pouvons être en contact et que cela manque, je les ai vécues comme des moments de partage.

Les conditions changent, mais la pratique continue.

Aurore L.

Dès les premiers cours, j’ai été convaincu…

Pour plusieurs raisons, j’avoue que j’étais très réticent à réaliser les cours à distance dans un premier temps. En effet, étant plus que débutant j’étais plutôt sceptique sur l’intérêt que pouvait avoir ces cours pour moi. D’autant plus que j’ai observé l’importance que pouvait avoir l’apprentissage par mimétisme dans vos cours. Ne pas pouvoir regarder les gestes des autres élèves et pratiquer avec eux me semblait être une barrière à mon apprentissage. Mais dès les premiers cours, j’ai été convaincu. Vous avez su adapter vos cours à la circonstance et j’ai le sentiment que cela m’a beaucoup apporté dans mon apprentissage. En particulier sur des notions qui me semblent être au fondement de l’aïkido, comme le souffle, la posture et sa position dans l’environnement (ancrage terre ciel).
Je n’ai malheureusement pas eu beaucoup de temps pour visionner vos vidéos sur votre chaîne youtube, mais je pense également rapidement le regarder pour approfondir les formes de base que sont Ikko et Shiho Nage. J’espère que vous avez prévu de laisser ces vidéos disponibles et que vous prévoyez de continuer d’en partager même quand on pourra reprendre les cours « normaux ».

Jérôme C.

L’intensité de la pratique et de la transmission n’a jamais diminué

Alors que cette situation d’isolement aurait dû mettre en suspens l’étude de l’Aïkido Ringenkaï et du sabre Niten Ichi Ryu, notre senseï a créé et partagé publiquement — dès les premières heures de l’annonce du confinement — le « Dojo à la maison » avec des vidéos de cours différés de taïsos et de techniques. Puis dès la première semaine, il a mis en place deux cours d’Aïkido et un autre de sabre chaque semaine en web cours en direct.

J’ai vécu les premières heures de cours à distance comme des moments irréels mais chaleureux car en plus de notre dojo, les cours étaient ouverts à d’autres élèves en France et en Europe. L’esprit de solidarité autour de la pratique martiale et de notre école ont été pour moi très émouvant.

Petit à petit, le travail du corps en situation confiné a pris le pas sur l’émotion première. Les cours permettaient de reconnecter mon corps au mouvement, de sortir de l’engourdissement dû aux journées passées dans 30m2. D’abord, les taïsos de Christine Nguyen senseï réveillaient mon corps puis avec Nguyen Thanh Thiên senseï l’étude des déplacements seul, parfois à main nu ou avec un Jo ou un Boken, me permettait d’accéder à des blocages, des absences de poussée et des étirements dans le mouvement que la pratique à deux m’empêchait de voir.

Je n’ai jamais senti l’intensité de la pratique et de la transmission diminuer lors du confinement. Le questionnement et le refus de l’immobilité étaient toujours à l’appel. L’heure n’était pas à la fatigue des corps avec des randoris possible en dojo, mais on était toujours au cœur de l’étude et à l’adaptation de la situation présente. Après 15 années de pratique, je ne cesse de découvrir ce qu’est l’étude d’un art martial grâce à l’acuité de mon senseï. Toute fois, je ne dirais pas que la pratique tous ensemble ne me manque pas et que je me languis pas de retrouver la rencontre physique au dojo mais l’étude n’a jamais cessé. Le chemin reste long mais il est si savoureux. Merci encore pour ce don perpétuel.

Valérie de B.

Les soutras de la souris

Les Contes du Dojo

Lu par Nguyen Thanh Thien senseï
« Les soutras de la souris » tiré du livre « Contes et légendes du Japon » réunis et traduits par Maurice Coyaud, édition Flies France
Nguyen Thanh Thien senseï enseigne l’Aïkïdo Ringenkaï et le Hyoho Niten Ichi Ryu kenjutsu (école de sabre du 17e siècle dont il est le représentant pour la France).
Il est le fondateur de l’Aïkido Ringenkaï.
Ses maîtres furent Noro Masamichi senseï, Imaï Masayuki soke, Iwami Toshio soke. Aujourd’hui, il suit la direction donnée par Kajiya Takanori soke.
https://futuhazuki.wordpress.com/