Lux fiat

DSC03352Photographie de Nguyen Thanh Thien ©2019

Le dojo est celui du Vieux Maître. Il est ancien, fait de bois et témoigne de l’effort de générations d’adeptes du sabre. Autour sont des rizières et quelques hérons, au-dedans, le Vieux et le Jeune Maître, mon futur enseignant, celui auquel le Vieux me confia et confia mon éducation martiale. Ce que je vis : un échange, un exercice, un combat à la fois ritualisé et réel, le Vieux exigeant du Jeune de se hisser à la hauteur de son destin, le Jeune au défi du Vieux de prouver l’authenticité de la transmission. Et moi, spectateur, témoin et élève, je dirais aujourd’hui disciple tant il est vrai que le Vieux me choisit et m’imposa au Jeune et tout aussi vrai que je le choisis à mon tour.

DSC03351Photographie de Nguyen Thanh Thien ©2019

Je me souviens de leur attitude, de leur esprit animant le corps et le sabre, de leur vie poussée au plus haut niveau, celui du Vivant. Ils se font face pour que je puisse témoigner, par mes écrits, mon enseignement et mon sabre. Aussi quand vient l’heure de m’exercer, de me perfectionner et d’enseigner, je me dois d’être corps à leur image, esprit selon leur empreinte et flambeau allumé au feu ardent de leur regard. Quand je vois trois feuilles qui s’embrasent à la lumière de décembre, depuis un fond obscur, je tourne vers la lucidité qui vient.

DSC03350Photographie de Nguyen Thanh Thien ©2019

20 ans après

En 2000, Imaï soke m’invitait au Japon avec ces mots : « Viens au Japon, je t’enseignerai. » J’avais bien fait attention de ne rien lui demander. Ainsi, cette invitation serait totalement libre. Je désirais entrer dans Niten Ichi Ryu à la seule condition qu’il y ait une profonde correspondance entre cette ancienne école de sabre japonaise et moi. Seul le soke pouvait discerner s’il existait un lien fort entre la Voie de Musashi et mon chemin, ma manière. Imaï soke avait alors 86 ans. Son choix était éclairé par sa longue expérience et sa connaissance des hommes. S’il ne désirait pas m’inviter au Japon et à devenir son élève, j’avais résolu d’en être heureux car alors mon chemin m’aurait guidé vers une autre école, un autre dojo, un maître différent. Au dernier jour de notre rencontre, il me dit : « Viens… »

Depuis, je le retrouve dans chacun de mes keikos. Je revis ces moments dans son dojo, celui-là même que l’on voit dans cet ancien film en noir et blanc. Je crois reconnaître certains élèves mais je ne suis plus sûr.

Indifférent aux modes, à la reconnaissance d’autrui, je m’avance sabre en main, face à mon maître, à celui qui, ce jour lointain, il y a bientôt 20 ans, m’ouvrit son enseignement. Chaque jour, je réponds à l’exigence du sabre, à l’appel de Musashi, et je me désaltère au souvenir d’Imaï soke.

Le voile et le regard

DSC02813Photographie de Nguyen Thanh Thien

Au Moyen Âge, le Monde était compris à partir de la Bible, de la parole divine circonscrite dans un texte. Vint la Renaissance quand on osât le penser à partir de la raison humaine, usant de logique, d’expérimentation et de réfutation.

Aujourd’hui, lorsque l’on parle d’Aïkido ou de kenjutsu, on emploie les termes de technique, d’efficacité et de pragmatisme. Je me souviens pourtant d’un temps où l’esprit guidait le corps et le corps suivait le souffle. J’écoutais mes maîtres et je découvrais leurs gestes. Ils donnaient l’exemple de leurs affirmations. Souffle, corps et esprit fusionnaient en une unité efficiente.

Je crois que les nouveaux jeunes maîtres, impatients et impétueux, n’ont su porter loin la discipline ; qu’ils ont crié à la trahison de leur enseignants par manque de patience. Ces Modernes règnent sur un coin de trottoir, tout à leur bagarre de rue et à leur conflit de quartier. Ils ne comprennent pas que l’art venu à Marseille de l’Orient Extrême portait en lui un Monde ancien, constitué de montagnes et de rivières, de sages et de brigands et que, même au Vieux Monastère, le Maître n’eut jamais qu’un disciple ou deux.

Il en est comme de la montagne qui ne se révèle qu’à celui qui chemine longuement, avec persévérance et sagacité. Mes maîtres cherchèrent toute leur vie le disciple, celui qui passerait le gué de l’ignorance, qui s’affranchirait par l’exercice du doute, allant droit au cœur, au vivant. Ils donnaient à tous mais ne se révélaient que peu, de crainte de gâcher.

Les arts auxquels je me suis consacré, je les approche avec circonspection, enthousiasme et effort. À l’efficacité, qui est à mes yeux le dernier argument de vente de la technologie californienne, je préfère la sagacité qui fut la marque de mes maîtres.

Ces exemples de maîtrise ont donné vie à la Voie, à un chemin qui prit naissance loin à l’est, sur le versant d’une montagne, d’un Mont vénéré, Pic des Vautours, Shàoshi ou Iwato. Ils marchaient cherchant du regard le sommet, caché par un voile de brumes, montant des abîmes et tombant des hauteurs. Lorsque les nuages déchiraient leur couverture opaque, la vision offerte frappait le disciple et le transformait en maître. Cette patience active, prélude au ravissement, nous devons la cultiver.

Ce que je fais

Je pratique. C’est très simple et rapidement énoncé : je pratique.

Cela peut s’entendre de nombreuses manières :

  1. Je mets en mouvement l’exemple entrevu chez mes maîtres. Je pars de ce que j’ai perçu directement par mon corps, par mes oreilles et mes yeux. De cette mise en mouvement de la leçon reçue, je dégage un sens et une orientation. Puis je sonde jusqu’aux principes et me retrouve sur une voie dégagée par mes prédécesseurs.
  2. Je me maintiens dans le flux continu qui commence le premier jour quand j’ai posé le pieds dans un dojo, quand j’ai imaginé pouvoir suivre un maître dans la Voie des Arts Martiaux Extrêmes-Orientaux. Cela signifie que je reviens sans cesse au Champ de Mars, au lieu d’exercice et de discipline et surtout que je ne quitte pas mon engagement premier qui est d’avancer vers la maîtrise.
  3. Je dirige mon énergie vers ce qui est plus haut, ce qui est difficile, ce qui résiste à mon effort. J’évite les pertes d’énergie, les informations à l’origine douteuse, les sources peu fiables. Je ne fréquente pas les envieux et les méchants. Je lance mes forces vers le devenir positif, vers l’advenir d’un meilleur possible, vers l’hypothèse d’un impossible à contredire.

Je pratique de toutes ces manières et plus encore. Mais avant tout, je pratique.

Stage trimestriel Niten Ichi Ryu 27/10

L’inscription au stage nécessite l’envoi du formulaire ci-dessous, au moins 7 jours avant.

Date : 27 octobre 2019

Thème du stage : Kodachi seiho

Lieu : Kaze no Tani Kan, 25 Grand Rue 65170 Vielle-Aure

Horaire : 9h00-13h00

Ouverture des portes : 8h30.

Règlement du stage : à régler avant de monter sur le tatami.

Matériel : Prenez votre paire de bokken et votre bo.

Pour l’apprentissage des arts martiaux, la régularité est une obligation pour son propre progrès et un devoir vis-à-vis du professeur.

Voir page dédiée.

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