Le sabre de Musashi

Hyoho Niten Ichi Ryu, l’école de Miyamoto Musashi, est entrée dans la légende du vivant de son fondateur. Connue au point que la légende a pris le pas sur l’école, elle continue cependant d’exister par ses maîtres et par sa transmission.

Keiko gymnase - Japon 2005_07Iwami soke et Nguyen Thanh Thien, à gauche au second plan assis Nagaoka senseï. Nagashi Uchi, Kodachi seiho. Photographie de Bruno de Hogues © 2005

Je la connais à titre personnel par Imaï Masayuki soke, 10e successeur, qui m’a invité en 2000 au Japon pour y recevoir son enseignement. Je la connais par celui que j’appelle mon maître, Iwami Toshio soke, 11e successeur. Cette école que l’on nomme familièrement Niten, Deux Ciels, est devenue pour moi une aventure personnelle. Elle n’est pas à mon regard un fait objectif, une institution, un cadre de transmission. Elle reste avant tout une rencontre d’hommes, comme elle le fut pour mon maître qui désira recevoir cet enseignement et s’adressa à un descendant de Musashi Iori, fils adoptif de Musashi, lequel le présenta à Imaï soke. Je pus d’ailleurs déjeuner plusieurs fois avec des membres de cette illustre famille.

Je préserve la mémoire de ces moments partagés car aujourd’hui, nous recherchons des réalités objectives alors que se présentent à nous des rencontres, des confrontations de personnes, de cultures et de siècles. Niten est une porte sur un autrement, sur une manière de jeter le regard, de porter la tête, de poser le pied. Niten a été pour moi l’épreuve de la bienveillance dans le dojo, dans le combat, dans la transmission. Niten m’a posé cette question : « Qui es-tu ? » J’ai dû apprendre à répondre à la bienveillance acérée du maître face à moi, sabre en main.

« L’art du sabre a pour fonction de trancher les liens qui maintiennent le masque sur le vrai visage de l’homme. »

Imaï Masayuki soke