Enseignant

L’impossible cache ses failles.
Le possible multiplie ses accès.

DSC_2576Nguyen Thanh Thiên. Photographie de Nguyen Thanh Khiet © 2017

Dans l’épreuve, trouver le meilleur des autres et de soi-même.

Nguyen Thanh Thiên est né en 1962 au Vietnam de parents vietnamien et anglais, au sein d’une famille d’enseignants, de grands sportifs et d’intellectuels. Les premières années, il connut la guerre. La paix l’attendait en France. Il a étudié dans les dojos de Sarcelles, de Dammartin en Goële et de Paris. Les disciplines qu’il a étudiées sont le Judo traditionel, le Kinomichi, l’Aïkido, le Taïji Quan chen et yang. Il a abordé brièvement le Kendo et le Karate. Il a choisi ses maîtres au plus haut niveau : Noro Masamichi senseï, Iwami Toshio soke et Wang Yang sifu. Il a donné des cours à Paris 7e, 17e 18e, 20e. Il a dirigé des stages à l’étranger à Barcelone (Espagne), en Grèce, aux Pays-Bas et des master-class dans une école professionnelle pour comédiens à Atlanta (Georgia) et dans un centre de recherche en danse sur Broadway, Manhattan (New-York), EUA. Il a été invité par Ikeda Hiroshi senseï à donner un cours dans son dojo de Boulder. Il a participé à un festival des arts du mouvement à Boulder. Actuellement, il enseigne uniquement en France à Vincennes, à Saint-Brice sous Forêt, et dans ses dojos Unjo An à Soleilhet (Le Pescher) et Kaze no Tani Kan à Vielle-Aure.

Je suis né au Vietnam sur les hauts-plateaux en 1962. J’ai grandi dans un milieu cosmopolite où le Vietnamien, l’Anglais et le Français furent mes langues naturelles. Je fréquentais brièvement le Lycée Jean-Jacques Rousseau à Saïgon et, lors d’un voyage en Dakota puis en Caravelle, je découvrais en 1966 le Sussex maternel. Ainsi je connus très jeune un Monde constitué d’antipodes, j’appris à passer au-dessus des fossés, je goûtais à la liberté que donnent les écarts. Je débarquais en France en 1970 à Garges-lès-Gonesse puis à Sarcelles. Tel un Ulysse moderne, je tissais un Monde de pérégrinations. Devant l’épuisante tache de réconcilier les visions d’Extrême-Orient et d’Extrême-Occident, je reconnus la puissance des arts martiaux qui ravaude par le geste ce que la parole peine à tenir uni. Mon maître disait : « Le Maître est l’aiguille, le disciple le fil. » Je poursuivis une double étude martiale et scolaire et je parvins à la Licence d’Économétrie. Considérant la responsabilité de mener à bien ma vie, je bifurquais en 1984 vers la pratique exclusive des arts martiaux.

Je crois me souvenir que j’ai pénétré dans mon 1er dojo en 1970-1971. J’ai étudié depuis le Judo, le Kinomichi avec Noro Masamichi senseï, l’Aïkido, le Taïchi Chuan Yang et Chen avec Maître Wang Yang, puis sur l’invitation d’Imaï Masayuki soke, le kenjutsu de la Hyoho Niten Ichi Ryu auprès d’Iwami Toshio soke.

J’ai commencé à étudier tôt, vers 8 ans. Je courais de la bibliothèque au dojo. Je me suis construit entre ces deux pôles.

Et parce que j’ai eu ce sentiment de dette que contracte l’étudiant, j’ai su assez rapidement que j’enseignerai les arts martiaux. Les cours que je donne, je les dois à mes maîtres et à ces auteurs que j’ai lus enfant.

Quand j’allais au cours de Noro Masamichi senseï, je regardais comme tout le monde ce qu’il montrait, mais plus encore.

Fils et petit-fils d’enseignant, j’ai toujours perçu le savoir-transmettre au cœur de la leçon donnée. Le pourquoi d’un changement de rythme, la nécessité d’une histoire bien sentie, la cause d’une feinte colère, j’observais et je retenais la manière du maître.

Fils, petit-fils et neveu de lettré, je voyais au fil des mouvements s’incarner les préceptes anciens, les exigences immémoriales.

Descendant de grands sportifs, de jockeys et d’entraineurs de chevaux de course, d’athlète du demi-fond, l’excellence du corps était un pré-requis dans ma famille.

Je fouillais le détail, je refaisais l’enchainement, je polissais le geste. L’heure travaillait pour moi et le résultat de mes efforts attendait le jour suivant ou le mois d’après, mais il m’attendait certainement. J’œuvrais en confiance.

Imaï soke me dit à mon 1er séjour au Japon :

« Tu es intelligent. Tu compteras pour l’avenir de notre école (Hyoho Niten Ichi Ryu). » Usa, Japon, 2000

Noro Masamichi senseï me dit dans son dojo :

« Je n’ai jamais rencontré quelqu’un d’aussi déterminé. » Paris, France, 2005

Intelligence et détermination, ces deux qualités ont été mises en avant par mes maîtres. Elles me servent de guides, de repères, de rappels à œuvrer. À mi-parcours, je regarde devant moi et j’avance. J’ai pu et su cueillir la connaissance aux meilleures sources. Je suis fier des maîtres que je me suis choisi, certains excellant dans la technique et d’autres parcourant les chemins de l’esprit, parfois un pied dans les deux dimensions.

Aujourd’hui, je me baigne dans une conception heureuse des arts martiaux qui fait aux hommes un espoir de ne souffrir des tyrans. Elle est unité de la pratique et de la pensée. Elle est constituée de muscles et de tendons comme de sentiments et de réflexions.

Extrait de « La longue vue« , Le voyage d’un maître, 5e partie